La Fête des Pères et le lien indéfectible entre Joseph Papineau et son fils Louis-Joseph

La fête des Pères telle que nous la connaissons depuis le début du XXe siècle a pour origine une célébration chrétienne qui remonte à l’époque antique et qui célébrait Joseph, père de Jésus. Depuis ce temps, elle est devenue une fête civile où la célébration ne se tient plus pour un seul homme, mais bien pour tous les pères. C’est dans ce contexte que l’analyse des relations familiales, et surtout entre celle des pères et fils, est particulièrement intéressante. Acquise par la Société historique Pierre-de-Saurel au début de cette année, la collection George Aubin (P333) nous permet de mettre en lumière les relations père-fils entre Joseph Papineau et son fils aîné Louis-Joseph par l’entremise de correspondance échangée pendant environ de 30 ans. Ce laps de temps significatif est d’autant plus exceptionnel, qu’il permet de souligner avec plus de précision les échanges entre ces deux individus. Plus précisément, leur relation s’exprime à travers des idéaux politiques partagés par le père et le fils. Par exemple, Louis-Joseph souligne dans une lettre adressée à son père le 15 février 1821 la reconnaissance que le pays doit à son père, ainsi qu’à l’ensemble des premiers députés à la Chambre d’assemblée du Bas-Canada en 1792.

« Néanmoins, cher papa, vous avez la consolation de sentir que votre courageuse résistance aux ennemis de votre pays a retardé le progrès de leurs plans dévastateurs. L’on peut encore s’appeler Canadien avec honneur, avec plaisir. Je suis sûr que l’administration coloniale avait l’espérance, il y a quarante ans, qu’avant ce jour aucun de nous n’oserions nous glorifier d’être né Canadien. Malgré les déboires les plus amers, si la résistance qu’elle a éprouvée est continuée, par quelques amis des intérêts du pays, ils jettent les fondements inébranlables de l’importance tout efficace qu’auront leurs compatriotes canadiens avant que quarante autres années s’écoulent. Malheur à nous qui préparons aux dépens de notre repos un avenir plus heureux pour ceux qui nous remplaceront![1] .

La politique et l’administration de la seigneurie de la Petite Nation constituent les principaux sujets de leurs relations épistolaires, mais cela n’empêche pas de brosser le portrait des relations plus intimes entre les deux correspondants. Voici un bon exemple lorsque les deux échangent sur le sujet de la paternité dans une lettre écrite le 1er mars 1829. Louis-Joseph mentionne son premier fils Amédée:

« Je viens de rencontrer M. Esson, le nouveau maître d’école d’Amédée qu’il appelle un joli enfant, mais un peu trop timide, ce qui est le résultat naturel et inévitable d’une éducation domestique. Ainsi, que maman ne lui recommande pas trop fortement la réserve, mais le laisse jouer et tapager avec les autres enfants de son âge[2]».

Un autre échange démontre clairement le lien d’attachement personnel qu’il y avait entre les deux hommes. Dans un échange entre Joseph et son fils Louis-Joseph, ces derniers abordent le triste événement du décès de l’une des filles de Louis-Joseph, Aurélie.

«Mon cher Papineau [Louis-Joseph],

Je devrais sans doute te suggérer des motifs de consolation, mais je n’en trouve pas pour moi-même. Affaibli par l’âge, les effets d’une maladie grave dont je suis à peine remis, et la douleur, comment trouverais-je des moyens de soutien pour moi, pour les père, mère et parents de la chère Aurélie qui, enlevée si jeune et si promptement, nous prive des justes espérances que ses dispositions précoces nous promettaient, hélas! Elle est heureuse, la chère enfant. Pour elle, le bonheur; pour nous, la douleur. Je ne te peindrai pas la scène de détresse et d’angoisse à laquelle j’ai participé hier soir, à neuf heures vingt minutes qu’elle est expirée. Cherche donc en toi-même les ressources que la force de l’âge et de la raison te présenteront, pour supporter avec courage et résignation cette perte inattendue. Considère ta situation, tes alentours, surtout ces honnêtes citoyens et représentants qui soutiennent si généreusement avec toi les droits du peuple et du gouvernement qui sont inséparables contre les prétentions injustes d’employés mercenaires. Avides de proies, ils sont toujours aux aguets, il faut sur eux une surveillance continuelle, qu’une peine domestique ne tourne pas au détriment de la chose publique. Sois ferme à ton poste. Entre nos draps nous pleurerons notre bien-aimée. Pardonne-moi si je me borne à ce peu de mots. Je suis toujours ton père affectionné.

Jh. Papineau.[3] »

En réponse Louis-Joseph écrit à son père :

« Combien je vous ai d’obligation d’une preuve aussi signalée de votre tendresse pour moi que celle que vous me donnez quand vous avez le courage de vous élever au-dessus de la douleur qui vous accable, pour me soutenir dans la mienne! Dès ma première enfance à ce moment, vous m’avez toujours soutenu par la main, encouragé à marcher d’un pas ferme dans le sentier du devoir […] Il nous a soumis à de rudes épreuves, et ce sont ces secousses redoublées qui rendraient excusable de la faiblesse dans une calamité domestique aussi déchirante que celle que j’éprouve.»[4]

Le mélange entre les soucis liés à l’administration de la seigneurie et de l’implication politique côtoyait celles les préoccupations plus personnelles. La notion d’attachement paternel et la douleur du deuil d’un enfant transparaissant dans les échanges entre les deux hommes. Ce sont des thèmes évocateurs de cette époque, là où la mortalité infantile était très élevée. Joseph et son épouse Rosalie Cherrier auront dix enfants dont seulement cinq parviendront à l’âge adulte (Louis-Joseph, Rosalie, Denis-Benjamin, André-Augustin, Toussaint-Victor), alors que Louis-Joseph et son épouse, Julie Bruneau, auront neuf enfants, dont cinq vivront jusqu’à l’âge adulte (Amédée, Lactance, Ézilda, Gustave, Azélie).

En faisant le traitement de cette collection, nous avons constaté l’abondance de la correspondance entre Louis-Joseph et son fils aîné Amédée, comparativement aux autres membres de la famille. Cette prépondérance de cette correspondance s’explique par deux circonstances. D’abord, il est l’ainé et le seul fils qui survivra à Louis-Joseph et donc son unique héritier ; seul Ézilda est toujours vivante lors de son décès en 1871. Autre concours de circonstances, Lactance est étudiant en médecine à Paris à la même époque où son père y est en exil (1839-1845). Le contact direct avec son père résulte nécessairement par l’inutilité d’une correspondance.   

Les échanges de lettres de Louis-Joseph nous permettent aussi de découvrir son rôle de grand-père. Quelques passages de ses lettres écrites à son fils concernent les enfants d’Amédée; Louis-Joseph, Ella et Marie-Louise, ainsi que ceux de sa fille Azélie; Augustine, Adine et Gustave. [5]

«Chevreuil le père s’ennuie de Papineau; chevrette s’ennuie d’Ella, et petite biche s’ennuie de Marie-Louise, d’Augustine, d’Adine et de Gustave. Ils font des gémissements à m’en rendre malheureux. Ainsi, que les parents à Belle-Rive et à Saint-Simon tiennent les consolateurs désirés prêts à revenir avec moi.»[6]

La lecture de la correspondance autant de Joseph que de son fils Louis-Joseph nous démontre, nous croyons, que leur intérêt politique et ceux de la transmission familiale étaient pour les deux hommes indissociables et des thématiques récurrentes dans leurs échanges. Leur souci de transmission du patrimoine matériel aux générations futures côtoie celui de la transmission des traditions et de la culture si chère aux deux hommes, autant pour leurs descendants que pour leur concitoyens. En conclusion, ils sont tous deux à plusieurs égards autant les pères de leur clan, mais aussi des pères de la nation québécoise.

Bonne fête des pères! 


[1] Papineau, Louis-Joseph, Papineau Louis-Joseph, Lettres à sa famille, 1803-1871; texte établi et annoté par Georges Aubin et Renée Blanchet, Québec, Septentrion, 1999, p.79-80.

[2] Ibid, P. 165

[3] Joseph Papineau, Papineau, Joseph, De Montréal à la Petite-Nation, Correspondance (1789-1840), texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin, L’Assomption, Éditions Point du jour, 2017, p. 355

[4] Papineau, Louis-Joseph, Papineau Louis-Joseph, Lettres à sa famille, 1803-1871, p.173

[5] Son petit-fils Henri n’est pas encore né à cette date

[6] Papineau, Louis-Joseph, Papineau Louis-Joseph, Lettres à sa famille, 1803-1871; texte établi et annoté par Georges Aubin et Renée Blanchet, Montréal, Éditions Varia, 2004, p. 527

Photo mise de l’avant : BAnQ, P560,S2,D1,P992 (http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3115589?docsearchtext=Louis-Joseph%20Papineau)

Catégorie(s) : Histoire du Québec

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

neuf + treize =