Assermentation de Gérard Cournoyer

Gérard Cournoyer

C’est dans la paroisse Saint-Pierre-de-Sorel que naît Gérard Cournoyer, le 18 avril 1912. Il est le fils de Miranda St-Martin et d’Elzéar Cournoyer, un industriel et homme politique de Saint-Joseph-de-Sorel1. Parmi les huit enfants du couple, seulement trois survivront jusqu’à l’âge adulte : Gérard (1912-1973), Jeanne (1917-2010) et Lucien (1921-2017).

Éducation

Gérard Cournoyer profite des avantages que lui confère sa famille plus aisée, qui valorise une éducation supérieure pour leur fils. Après son passage au Séminaire de Saint-Hyacinthe, il fait ses études en droit à l’Université de Montréal et à l’Université du Vermont2.

À peine âgé de 19 ans, Gérard Cournoyer se démarque par ses talents oratoires en participant à plusieurs concours, dont une compétition pancanadienne en Alberta, où il remporte la première place pour son plaidoyer sur les droits et revendications des canadiens-français3. En octobre 1931, il est sélectionné pour représenter le Canada au prestigieux Concours Oratoire International de Washington où il remporte la seconde place face à de nombreux adversaires venus des États-Unis et d’Europe4.

Une carrière publique

Après avoir été admis au Barreau du Québec, il choisit de revenir à Sorel pour y établir sa pratique. Les bureaux de son cabinet auront pignon sur rue à différents endroits au cours de sa carrière, dont le 57, rue George5 et le 91, rue du Roi6.

En 1935, en plus de sa carrière de juriste, il est nommé greffier, juge de paix et secrétaire du village de Saint-Joseph-de-Sorel, alors que son père, Elzéar Cournoyer, y est maire. Il conservera ces trois charges publiques pendant près de 10 ans7.

En 1942, il s’associe avec Me Pierre-Joseph-Arthur Cardin, alors député fédéral du comté de Richelieu-Verchères, et Me Paul-Aimé Péloquin8 pour fonder Cardin, Cournoyer & Péloquin9.

À la suite du décès de son mentor P. J. A. Cardin, en 1946, il est sollicité par le Parti Libéral du premier ministre Mackenzie King pour prendre la relève dans la circonscription fédérale de Richelieu-Verchères. Il remporte les élections partielles du 23 décembre avec près de 60 % du suffrage et plus de 6 000 voix d’avance face à son plus proche rival, Roland Corbeil de l’Union des Électeurs10.

Résultat d'élection
Lucien Lachapelle et Gérard Cournoyer, SHPS, Fonds Joseph-Cardin, P140.

Bien qu’il soit un député actif sur le terrain, qu’il ait contribué au développement de la canalisation du Richelieu et du Saint-Laurent et qu’il ait participé au Comité de la Chambre des Communes sur les droits de l’Homme, Gérard Cournoyer ne sera jamais nommé ministre au sein des cabinets de Mackenzie King et Louis St-Laurent11.

Parti Libéral du Québec

En 1952, n’ayant pas l’impression que ses talents sont utilisés à sa juste valeur, il répond à l’appel du chef du Parti Libéral du Québec, George-Émile Lapalme, et quitte la capitale fédérale pour briguer les suffrages aux élections provinciales dans la circonscription de Richelieu. Bien qu’il remporte sa première élection contre le député unioniste sortant, Bernard Gagné, le Parti Libéral ne réussit pas à battre l’Union nationale pour former le gouvernement. Lors de l’élection suivante, en 1956, il perd son siège face à Bernard Gagné, qui est réélu député12.

En 1960, il est de nouveau candidat pour le Parti Libéral, mais cette fois-ci un vent de changement souffle sur le Québec; c’est le début de la Révolution Tranquille. Élu avec 55 % du suffrage et 1256 voix de plus que Bernard Gagné, Gérard Cournoyer fait partie des 50 députés libéraux sur 95 à faire leur entrée à l’Assemblée Législative et au gouvernement.

Dès la formation du premier cabinet de Jean Lesage, Cournoyer est nommé ministre des Transports et des Communications, un poste qu’il conservera jusqu’en 1964. Par la suite, il est ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche (1964-1965) et ministre sans portefeuille jusqu’en 196613.

Défaite électorale

Contre toute attente, le gouvernement Lesage est défait lors de l’élection de 1966, et ce, malgré que le Parti Libéral ait obtenu 150 000 votes de plus que l’Union nationale, à l’échelle provinciale14. À l’instar de son parti, Cournoyer perd ses élections dans le comté de Richelieu face au jeune pharmacien sorelois, Maurice Martel, qui obtient 1078 voix de plus. L’année 1966 marque la fin de la carrière en politique active de Gérard Cournoyer15.

Au cours de ses six années au sein du gouvernement comme député de Richelieu, il a contribué à la réalisation de plusieurs projets dans la circonscription dont l’établissement de l’école d‘infirmières sur la rue Ferland, de l’Institut de Technologie Sorel-Tracy (aujourd’hui le Centre de formation professionnelle Bernard-Gariépy) et de la prison commune de Sorel. C’est aussi lors de son mandat que seront initiés plusieurs autres projets, dont la construction de la Bibliothèque de Sorel, du Centre Culturel de Tracy et de l’École secondaire Fernand-Lefebvre16.

Famille

En septembre 1940, Gérard Cournoyer épouse Madeleine Turcotte, la fille de l’industriel et ancien député provincial de Richelieu, Joseph-Célestin-Avila Turcotte. Le couple aura quatre enfants : Louise, Michèle, Louis et Daniel17.

On connaît plusieurs résidences à la famille Cournoyer, mais c’est probablement la maison construite en 1962 qui est la plus connue. En effet, Gérard Cournoyer mandate à cette époque l’architecte Félix Racicot pour dessiner les plans d’une habitation de style moderne, aujourd’hui située au 12 200, chemin Saint-Roch, voisin au club de golf Les Dunes18.

Conclusion

Après plus de 23 ans de vie commune, Madeleine Turcotte décède d’un cancer à l’âge de 43 ans19. En hommage à cette dernière, le journal Le Sorelois écrit ceci :

« La providence avait gratifié Madeleine Cournoyer d’un charme indéfinissable. Dans l’ascension politique vertigineuse de son mari, elle conserva la même sérénité, la même douceur, la même simplicité. […] Pour des milliers de personnes, Madeleine Cournoyer avait été comblée : beauté physique, charme incomparable, confort, succès au sommet… Mais le mal impitoyable est venu et le calvaire fut long et pénible. Pour Gérard et les enfants, “maman” (comme l’appelait affectueusement celui qui partagea sa vie) souffrait… avec patience d’abord… puis avec résignation.20 »

Le Sorelois, 19 octobre 1965.

En 1965, la nouvelle école d’infirmières de Sorel est baptisée en son honneur. Aujourd’hui, l’Édifice Madeleine-T-Cournoyer est un bâtiment annexe de l’Hôpital Hôtel-Dieu de Sorel et le CLSC Gaston-Bélanger y est installé21.

Quant à lui, Gérard Cournoyer décède à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal le 11 novembre 1973, à l’âge de 61 ans22. Lors de ses obsèques à l’Église Saint-Jean-Bosco, plusieurs dignitaires sont venus lui rendre hommage, dont l’épouse du premier ministre Bourassa, Andrée Simard Bourassa, l’ancien chef du Parti Libéral du Québec, George-Émile Lapalme et le vice-premier ministre du Québec Gérard D. Lévesque23.

Lors des funérailles, l’abbé Jean-Paul Morin, curé de Saint-Gabriel-Lalemant, aura ces mots :

« Pour nous qui l’avons connu jeune et à travers sa notoriété de vie publique, nous pouvons résumer cette carrière dans un message d’amitié et de fraternité. [Gérard Cournoyer] a su garder cette belle simplicité qui l’aidait à se faire tout à tous.24 »

Gérard Cournoyer
SHPS, Fonds Gérard-Cournoyer, P039, S3, SS1, D2.

  1. Assemblée nationale du Québec, « Gérard COURNOYER », [En ligne], URL : https://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/cournoyer-gerard-2693/biographie.html (Consultée le 4 décembre 2023) ↩︎
  2. Ibid. ↩︎
  3. Yvon Beaudry et Télesphore Dumaine, Sorel, 1642-1942, Sorel-Tracy, [s.e], 1942, p. 122. ↩︎
  4. [s.a], « Gérard Cournoyer a bien servi la région de Sorel-Tracy », Le Nouvelliste [Trois-Rivières], 13 novembre 1973, p. 5. ↩︎
  5. L-.M. Smith, Almanach des adresses de la Cité de Sorel et de St-Joseph-de-Sorel, Montréal, 1942, p. 46. ↩︎
  6. [s.a], Cité de Sorel, 1642-1967, Sorel-Tracy, [s.e], 1967, p. 35. ↩︎
  7. Assemblée national, op. cit. ↩︎
  8. Il est maire de Sorel de 1957-1958. ↩︎
  9. Assemblée nationale, op. cit. ↩︎
  10. [s.a], « Victoire libérale dans Richelieu-Verchères », Le Devoir [Montréal], 24 décembre 1946, p. 3. ↩︎
  11. [s.a], « Décès de Me. Gérard Cournoyer, ex-député de Richelieu », La Voix Métropolitaine [Sorel-Tracy], 13 novembre 1973, p. 1. ↩︎
  12. « Gérard Cournoyer a bien servi… », op. cit. ↩︎
  13. Assemblée nationale, op. cit. ↩︎
  14. Aujourd’hui l’histoire, « Les élections de 1966, la défaite crève-cœur de Jean Lesage », Radio-Canada, [En ligne] URL : https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/416669/jean-lesage-elections-1966 (Consultée le 4 décembre 2023). ↩︎
  15. [s.a], « Les résultats officiels dans 65 circonscriptions », La Presse [Montréal], 7 juin 1966, p. 2. ↩︎
  16. La Voix Métropolitaine, op. cit. ↩︎
  17. Ibid. ↩︎
  18. Ministère de la culture et des communications, « Maison Gérard-Cournoyer », Répertoire du patrimoine culturel du Québec, [En ligne], URL : https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=206885&type=bien (Consultée le 4 décembre 2023) ↩︎
  19. [s.a], « Une lourde perte Mme Gérard Cournoyer », Le Sorelois [Sorel-Tracy], 12 décembre 1963, p. 10. ↩︎
  20. Ibid., p. 6. ↩︎
  21. [s.a], « Esquisse de l’école d’infirmières », Le Courrier Riviera [Sorel-Tracy], 19 octobre 1965, p. 1. ↩︎
  22. La Voix Métropolitaine, op. cit. ↩︎
  23. [s.a], « Aux funérailles de Gérard Cournoyer », Le Nouvelliste [Trois-Rivières], Édition partielle, 16 novembre 1973, p. 2. ↩︎
  24. Ibid., p. 4. ↩︎
Catégorie(s) : Biographie, Histoire locale

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