D’où viennent nos traditions d’Halloween?


Fête de l’Halloween à la Garderie Richelieu, en 1973.
Fonds La Voix – P027, S10, SS6, SSS11, D2.
Société historique Pierre-de-Saurel

La fête de l’Halloween nous vient-elle d’un festival celtique ou d’origines chrétiennes? De la légende de Jack-o’-lantern à la très célèbre expression trick-or-treat (farce ou friandise), l’Halloween s’élève aujourd’hui à titre de la deuxième fête la plus commerciale après Noël. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) y instaura même sa principale campagne de financement auprès des jeunes. Avec ses personnages démoniaques, ses légendes à faire peur et ses décorations à faire glacer le sang, la nuit du 31 octobre fait frémir les petits comme les grands depuis bien longtemps.

Quand il est question d’identifier les origines de l’Halloween, plusieurs versions se font compétition. Cependant, la fête telle qu’on la connait au Canada tire probablement ses origines de plus d’une tradition, dont un festival celtique qui marque le passage à la période la plus froide et la plus sombre de l’année. Une croyance voudrait également que la fête de l’Halloween marque le jour de l’ouverture entre le monde des morts et le monde des vivants.

Selon ses origines chrétiennes, l’Halloween serait inspirée de la fête de la Toussaint, célébrée en l’honneur de tous les saints, le 1er novembre, dans les églises occidentales. Cette tradition chrétienne fut instaurée officiellement par le pape Grégoire IV (827-844), mais ses origines remontent encore bien avant. « La Toussaint [fut] établie initialement en mai 609 ou 610 par Boniface IV, quand il consacr[a] le Panthéon de Rome à la Vierge Marie et à tous les martyres. On la célèbr[a] d’abord le 13 mai puis, lorsque le pape Grégoire III (731-741) consacr[a] une chapelle de la basilique Saint-Pierre à tous les saints, on la dépla[ça] au premier 1er novembre.[1] »

La coutume de l’Halloween avec ses déguisements, ses fantômes et sa collecte de bonbons prendrait racine, quant à elle, dans un ancien festival celtique intitulé Samhain,célébré en Grande-Bretagne et en Irlande, chaque année, le 1er novembre. Cette célébration marque la fin de la moisson et le début de l’hiver. « Guidés dans leur pratique religieuse par les druides, les Celtes croient que le début de cette journée, la nuit du 31 octobre, marque la division entre la période de l’année où les jours sont plus longs que les nuits et celle où les nuits sont plus longues que les jours. On croit aussi que, cette journée constitue une sorte d’espace liminal spirituel où la frontière entre le monde des morts et le monde des vivants est à son plus mince, permettant à toutes sortes de fantômes, de fées et de démons, dont les âmes des défunts, de rendre visite aux vivants.[2] » Dans certaines parties d’Irlande, l’Halloween est dénommée Pooky Night qui fait référence à une fée malicieuse (pùca), d’où également l’origine du mot anglais spooky (effrayant).

Les Celtes adaptèrent initialement le port de masques et de déguisements dans le but d’éloigner les mauvais esprits. Lors de la cérémonie, un feu collectif est allumé dans lequel les participants jettent des ossements d’animaux abattus afin de faciliter le voyage de l’âme des défunts. Le feu dans chacun des foyers est ensuite éteint pour être rallumé à même le feu collectif et ainsi célébrer le triomphe de la clarté sur l’obscurité. Des offrandes sont ensuite déposées à l’extérieur afin d’apaiser les esprits malveillants qui autrement apporteraient la malchance aux habitants[3].

La pratique de la collecte de nourriture aux portes remonte quant à elle au Moyen Âge et serait le précurseur du très connu trick or treat qui s’instaura dans la tradition moderne de l’Halloween. « À partir du 15e siècle, les pauvres offrent de chanter des prières pour les âmes des défunts contre des soul cakes (gâteaux de l’âme) – une forme d’aumône pour les morts.[4] » Au fil du temps, les enfants adoptèrent cette pratique. Les prières furent délaissées au profit de chansons ou de poèmes qui furent chantés ou récités en échange de fruits, de noix ou de pièces de monnaie. L’habitude de déguiser les enfants est apparue quant à elle au cours du 19e siècle. En 2010, un artiste britannique, Ossian Brown, a d’ailleurs réuni une série de photographies anonymes présentant des enfants et des adultes arborant des déguisements d’Halloween entre 1875 et 1955[5].

Cette photographie dont la date nous est inconnue est tirée du livre Haunted Air de l’artiste britannique Ossian Brown, publié en 2010, chez les Éditions Jonathan Cape. Ce livre réunit une série de photographies anonymes présentant des déguisements d’Halloween entre les années 1875 et 1955.
Photographie anonyme tirée du livre Haunted Air de l’artiste britannique Ossian Brown, publié en 2010, chez les Éditions Jonathan Cape.

Une autre coutume rattachée à l’Halloween est celle associée à la légende de Jack-ò-lantern. On la connait de nos jours de par les citrouilles illuminées qui ornent les maisons en guise de décoration. Selon certains, cette tradition viendrait du fait que des navets étaient autrefois sculptés dans le but de servir de lanternes durant la Samhain. Selon d’autres, il s’agirait plutôt d’une adaptation d’une ancienne coutume chrétienne se résumant par la commémoration des âmes au purgatoire en allumant des bougies dans des navets[6]. Cependant, le terme jack-ò-lantern provient du conte folklorique irlandais du personnage de Stingy Jack, qui se vu refusé, après son décès, l’accès au paradis et à l’enfer en raison des tours qu’il joua au diable. Selon l’histoire, ce dernier le condamna à errer dans la nuit noire avec seulement un charbon pour éclairer son chemin. Jack déposa alors le charbon dans un navet qu’il tailla en guise de lanterne. En Irlande et en Grande-Bretagne, les premiers jack-o’-lanterns furent des navets, des betteraves ou des pommes de terre sur lesquelles on y sculptait des visages démoniaques et dans lesquelles on y installait une bougie. Ces légumes étaient ensuite déposés devant les fenêtres des maisons ou au pas des portes dans le but d’effrayer Stingy Jack ou d’autres mauvais esprits.


L’Halloween au Canada

L’Halloween est arrivée au Canada évidemment par le biais de nombreux immigrants irlandais et écossais venus s’installer massivement au milieu du 19e siècle. Le premier cas d’enfants déguisés pour la fête de l’Halloween fut remarqué en 1898, à Vancouver, en Colombie-Britannique, tandis que l’expression trick or treat fut utilisée pour la première fois le 4 novembre 1927 dans le journal Herald de Lethbridge[7]. On estime toutefois qu’elle se répandit dans la population canadienne avant les années 1920. La coutume de jack-o’-lantern fut également apportée dans le pays par les immigrants. Le navet fut toutefois remplacé pour un légume plus grand, naturellement creux et natif de l’Amérique du Nord , la citrouille. Cette tradition se répandit alors à son tour en Grande-Bretagne.

La fête de l’Halloween connut une réelle croissance dans les banlieues canadiennes, en 1950, après la Deuxième Guerre mondiale. Sa popularité auprès des adultes fut toutefois remarquée plus tard, vers les années 1990. « On l’a vue passer d’une fête célébrée seulement par les enfants à une célébrée par les enfants et les adultes. Les revenus commerciaux générés par l’Halloween ont plus que doublé entre 2004 et 2014, ce qui en fait la deuxième fête la plus commerciale au monde[8] », confirme l’Encyclopédie Canadienne. Selon le Conseil canadien du commerce, la fête de l’Halloween représentait, en 2014, une valeur commerciale d’un milliard de dollars au Canada.

Photographie prise à l’occasion d’une mascarade qui avait lieu à Sorel. La date nous est malheureusement inconnue.
Collection Joseph-Cardin – P 140, S10, SS5, SSS4.
Société historique Pierre-de-Saurel©

UNICEF

Depuis plus de soixante ans, l’Halloween représente également la principale campagne de financement annuelle du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour venir en aide aux enfants du monde entier soumis à des conditions de vie précaires. Lancée en 1950, par une famille de Philadelphie, cette campagne de l’UNICEF avait pour objectif initial d’amasser des fonds pour les enfants vivants avec les répercussions de la guerre en Europe. La popularité du mouvement fut telle qu’il fit son chemin jusqu’au Canada, en 1952. Au fil des ans, de petites boîtes de couleur orange furent alors distribuées en grand nombre aux enfants qui arpentaient les rues le soir de l’Halloween pour la collecte de bonbons et de fonds par le fait même. En 2006, UNICEF Canada retira ses tirelires, mais la campagne permis tout de même d’amasser à ce jour 100 millions de dollars au Canada et ainsi venir en aide à 28,5 millions d’enfants en leur donnant l’accès à de l’eau potable, de la nourriture, des soins de santé et de l’éducation[9]. Treize ans plus tard, l’organisme revient, en 2019, avec une collecte de fonds entièrement numérique ayant pour thème Héros de l’Halloween. Depuis 2000, le gouvernement canadien a proclamé le jour du 31 octobre, la Journée nationale de l’UNICEF.

Ce calendrier fut intégré au guide pédagogique remis aux enseignants(es) entre les années 1985 et 1988 dans le cadre des campagnes de financement de l’UNICEF. 
Fonds La Voix-P027, S2, SS3, D3. Société historique Pierre-de-Saurel©

[1] MCINTOSH, Andrew, L’Halloween au Canada, l’Encyclopédie Canadienne, 2016 < www.thecanadianencyclopedia.ca > (page consultée le 17-10-2019).

[2] Ibid.

[3] Id.

[4] Id.

[5] BROWN, Ossian, Haunted Air, < hauntedair.com > (page consulté le 22 octobre 2019).

[6] MCINTOSH, Andrew, L’Halloween au Canada, l’Encyclopédie Canadienne, 2016 < www.thecanadianencyclopedia.ca > (page consultée le 17-10-2019).

[7] Ibid.

[8] Id.

[9] UNICEF < www.unicef.ca > (page consultée le 24 octobre 2019).


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